1982-83. La fièvre du PC ne retombe pas
La micro-informatique gagne ses lettres de noblesse. Les nouveaux matériels font florès. Le PC-XT renouvelle déjà la gamme IBM.
Mars 1982
Un an après l'annonce par IBM du lancement de son Personnal Computer, et alors que la marque s'apprête à le commercialiser en France, l'onde de choc provoquée par la décision de Big Blue a proprement dynamité le marché. Il faut dire que l'irruption d'IBM sonne comme une consécration pour la micro-informatique, un signe fort qu'attendaient sans doute la plupart des constructeurs pour se lancer à leur tour dans la bataille. Ceux-ci n'ont d'ailleurs pas tardé à abattre leurs cartes, et l'on assiste à une véritable pluie de nouveaux matériels. HP vient ainsi d'annoncer la sortie du modèle 87, sous CP/M, orienté vers les applications de gestion, Toshiba enrichit sa gamme du T200, qui se déclinera prochainement en version multiposte, tandis que Digital Equipment lance en France ses Rainbow et Professional, fort d'un réseau de distribution qui n'a rien à envier à celui d'IBM. Quant à Texas Instruments et Tekelec, leurs matériels sont attendus dans les mois à venir. Ces configurations affichent des performances et des prix relativement comparables, et misent toutes sur une compatibilité revendiquée avec le PC d'IBM. Le numéro un mondial n'est d'ailleurs pas en reste et, avant même de distribuer son PC en Europe, il annonce la sortie imminente de son petit frère : le XT. Fort d'un disque fixe intégré de 10 millions d'octets (une première dans cette gamme), et conçu comme son prédécesseur sur le 8088 d'Intel, le XT est censé profiter de l'avantage concurrentiel acquis par Big Blue sur le marché de la micro. Vendu 5 000 $ aux États-Unis, mais annoncé à 60 000 F en Europe, ce petit dernier entend, malgré son prix élevé, devenir le pendant ' domestique ' d'un PC résolument tourné vers les applications professionnelles. Gageons toutefois que la concurrence féroce à venir entre les grands du secteur contribuera à rendre les tarifs accessibles au grand public, car c'est bien là que se situe le réservoir de croissance d'un marché qui s'annonce phénoménal.
Le traitement de données à distance a définitivement le vent le poupe. Les résultats de l'enquête annuelle de conjoncture menée par 01 Informatique indiquent en effet que le principe de décentralisation des moyens de traitement gagne encore du terrain, et tend manifestement à se généraliser. En effet, 82 % des répondants envisagent d'y recourir dans le cadre de leurs nouvelles applications, contre 75 % en 1982. Une tendance qui se retrouve également dans le recours au télétraitement, désormais bien implanté dans le paysage. Depuis cinq ans, le taux d'entreprises faisant appel au télétraitement dans la gestion de leurs applications n'est jamais descendu en dessous de 80 %, et pointe même cette année à 90 %. La généralisation des moyens de traitement à distance encourage bien évidemment un usage de plus en plus important des réseaux de données comme Transpac. Ce dernier jouit d'une popularité en hausse permanente auprès des utilisateurs (70 % d'entre eux s'en déclarent satisfaits). D'après l'étude menée par 01, 55 % des répondants prévoient d'utiliser ses services dès cette année, soit 17 points de mieux que l'an passé. La part des responsables non intéressés par Transpac a d'ailleurs diminué de 10 points, pour descendre à 18 %. Cette nouvelle conception du traitement de données coïncide avec une popularité grandissante des micro-ordinateurs, autre outil de décentralisation de la fonction informatique. 51 % des responsables interrogés en ont déjà intégré à leur système informatique. 25 % des autres prévoient de le faire dans le courant de l'année.
On connaît désormais le concurrent le plus sérieux du Xerox Star sur le marché de la bureautique des cadres, et il ne manque pas d'atouts. Éclipsant largement l'annonce de l'Apple IIe, le Lisa (pour Local Integrated Software Architecture, ou référence à la fille de Steve Jobs, l'histoire ne le dit pas) consacre l'arrivée de l'interface graphique sur les micro-ordinateurs personnels. Il est équipé d'un processeur 68000 de chez Motorola cadencé à 5 MHz, d'une RAM de 1 Mo, d'un écran graphique intégré de 12 pouces, de deux lecteurs de disquette, d'un disque dur de 5 Mo et, surtout, il est entièrement piloté à l'aide de la souris. Fort d'un ensemble logiciel très complet, Apple franchit indiscutablement un pas décisif en direction de l'informatique conviviale, accessible au profane. Mais ce magnifique ordinateur, qui suscite déjà bien des convoitises, a un coût qui n'est pas négligeable pour un appareil destiné au grand public : 80 000 F. Disque dur, imprimante et logiciels compris.
La présentation du budget 1983 est l'occasion de lever le voile sur le très attendu plan d'action gouvernemental en faveur de la filière électronique (Pafe). Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche et de l'Industrie, annonce que celui-ci marquera l'offensive nationale dans trois domaines : l'électronique l'informatique grand public et les composants. Afin de soutenir la filière, le budget 1983 enregistre un doublement des crédits qui lui sont consacrés, qui passent à 1,35 milliards de francs, tandis que les entreprises publiques recevront une dotation de l'État de 7,3 milliards (500 millions de francs sont déjà réservés à CII-HB). Comment cette manne sera-t-elle utilisée ? Pour chaque pôle de compétences, des entreprises ont été identifiées, qui bénéficieront de l'essentiel des crédits afin d'assurer la cohérence de la politique de développement. Matra et Thomson (composants), CGE et Matra (télécommunications et électronique professionnelle) et Thomson (informatique grand public) porteront donc les espoirs nationaux. Les grandes lignes du Pafe dessinent donc un plan ambitieux, qui portera sans doute ses fruits à condition que la promesse d'un engagement massif du Gouvernement soit suivie d'effets, et ne se dissipe pas à l'heure des premières difficultés, qui ne manqueront pas de survenir.
Un an après l'annonce par IBM du lancement de son Personnal Computer, et alors que la marque s'apprête à le commercialiser en France, l'onde de choc provoquée par la décision de Big Blue a proprement dynamité le marché. Il faut dire que l'irruption d'IBM sonne comme une consécration pour la micro-informatique, un signe fort qu'attendaient sans doute la plupart des constructeurs pour se lancer à leur tour dans la bataille. Ceux-ci n'ont d'ailleurs pas tardé à abattre leurs cartes, et l'on assiste à une véritable pluie de nouveaux matériels. HP vient ainsi d'annoncer la sortie du modèle 87, sous CP/M, orienté vers les applications de gestion, Toshiba enrichit sa gamme du T200, qui se déclinera prochainement en version multiposte, tandis que Digital Equipment lance en France ses Rainbow et Professional, fort d'un réseau de distribution qui n'a rien à envier à celui d'IBM. Quant à Texas Instruments et Tekelec, leurs matériels sont attendus dans les mois à venir. Ces configurations affichent des performances et des prix relativement comparables, et misent toutes sur une compatibilité revendiquée avec le PC d'IBM. Le numéro un mondial n'est d'ailleurs pas en reste et, avant même de distribuer son PC en Europe, il annonce la sortie imminente de son petit frère : le XT. Fort d'un disque fixe intégré de 10 millions d'octets (une première dans cette gamme), et conçu comme son prédécesseur sur le 8088 d'Intel, le XT est censé profiter de l'avantage concurrentiel acquis par Big Blue sur le marché de la micro. Vendu 5 000 $ aux États-Unis, mais annoncé à 60 000 F en Europe, ce petit dernier entend, malgré son prix élevé, devenir le pendant ' domestique ' d'un PC résolument tourné vers les applications professionnelles. Gageons toutefois que la concurrence féroce à venir entre les grands du secteur contribuera à rendre les tarifs accessibles au grand public, car c'est bien là que se situe le réservoir de croissance d'un marché qui s'annonce phénoménal.
La décentralisation informatique poursuit son chemin
Le traitement à distance se généralise. Transpac trouve son public. Le PC s'installe.Janvier 1983Le traitement de données à distance a définitivement le vent le poupe. Les résultats de l'enquête annuelle de conjoncture menée par 01 Informatique indiquent en effet que le principe de décentralisation des moyens de traitement gagne encore du terrain, et tend manifestement à se généraliser. En effet, 82 % des répondants envisagent d'y recourir dans le cadre de leurs nouvelles applications, contre 75 % en 1982. Une tendance qui se retrouve également dans le recours au télétraitement, désormais bien implanté dans le paysage. Depuis cinq ans, le taux d'entreprises faisant appel au télétraitement dans la gestion de leurs applications n'est jamais descendu en dessous de 80 %, et pointe même cette année à 90 %. La généralisation des moyens de traitement à distance encourage bien évidemment un usage de plus en plus important des réseaux de données comme Transpac. Ce dernier jouit d'une popularité en hausse permanente auprès des utilisateurs (70 % d'entre eux s'en déclarent satisfaits). D'après l'étude menée par 01, 55 % des répondants prévoient d'utiliser ses services dès cette année, soit 17 points de mieux que l'an passé. La part des responsables non intéressés par Transpac a d'ailleurs diminué de 10 points, pour descendre à 18 %. Cette nouvelle conception du traitement de données coïncide avec une popularité grandissante des micro-ordinateurs, autre outil de décentralisation de la fonction informatique. 51 % des responsables interrogés en ont déjà intégré à leur système informatique. 25 % des autres prévoient de le faire dans le courant de l'année.
Technologie : l'Apple Lisa, l'interface au pouvoir
Un pas de géant vers l'informatique conviviale. La souris supplante le stylo optique. Un prix encore prohibitif.Janvier 1983On connaît désormais le concurrent le plus sérieux du Xerox Star sur le marché de la bureautique des cadres, et il ne manque pas d'atouts. Éclipsant largement l'annonce de l'Apple IIe, le Lisa (pour Local Integrated Software Architecture, ou référence à la fille de Steve Jobs, l'histoire ne le dit pas) consacre l'arrivée de l'interface graphique sur les micro-ordinateurs personnels. Il est équipé d'un processeur 68000 de chez Motorola cadencé à 5 MHz, d'une RAM de 1 Mo, d'un écran graphique intégré de 12 pouces, de deux lecteurs de disquette, d'un disque dur de 5 Mo et, surtout, il est entièrement piloté à l'aide de la souris. Fort d'un ensemble logiciel très complet, Apple franchit indiscutablement un pas décisif en direction de l'informatique conviviale, accessible au profane. Mais ce magnifique ordinateur, qui suscite déjà bien des convoitises, a un coût qui n'est pas négligeable pour un appareil destiné au grand public : 80 000 F. Disque dur, imprimante et logiciels compris.
Marché : le Gouvernement mise sur le Pafe
Septembre 1982La présentation du budget 1983 est l'occasion de lever le voile sur le très attendu plan d'action gouvernemental en faveur de la filière électronique (Pafe). Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Recherche et de l'Industrie, annonce que celui-ci marquera l'offensive nationale dans trois domaines : l'électronique l'informatique grand public et les composants. Afin de soutenir la filière, le budget 1983 enregistre un doublement des crédits qui lui sont consacrés, qui passent à 1,35 milliards de francs, tandis que les entreprises publiques recevront une dotation de l'État de 7,3 milliards (500 millions de francs sont déjà réservés à CII-HB). Comment cette manne sera-t-elle utilisée ? Pour chaque pôle de compétences, des entreprises ont été identifiées, qui bénéficieront de l'essentiel des crédits afin d'assurer la cohérence de la politique de développement. Matra et Thomson (composants), CGE et Matra (télécommunications et électronique professionnelle) et Thomson (informatique grand public) porteront donc les espoirs nationaux. Les grandes lignes du Pafe dessinent donc un plan ambitieux, qui portera sans doute ses fruits à condition que la promesse d'un engagement massif du Gouvernement soit suivie d'effets, et ne se dissipe pas à l'heure des premières difficultés, qui ne manqueront pas de survenir.
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