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Les agriculteurs poursuivent le blocage de raffineries et dépôts de carburants

La FNSEA, premier syndicat agricole, et les Jeunes Agriculteurs ont appelé à occuper 14 sites stratégiques durant trois jours reconductibles. Ils protestent contre la concurrence de l'huile de palme importée sur le marché des biocarburants.

Les agriculteurs poursuivent lundi leur mouvement de blocage, entamé la veille au soir, de plusieurs raffineries et dépôts de carburant pour protester contre la concurrence de l'huile de palme importée sur le marché des biocarburants. Le premier syndicat agricole, la FNSEA, et les Jeunes Agriculteurs (JA) ont appelé leurs adhérents à occuper au total 14 sites stratégiques durant trois jours reconductibles.

Certains sont déjà prêts à prolonger le blocage comme à Strasbourg, où les agriculteurs ont monté des tentes à l'entrée du dépôt pétrolier du port du Rhin. "On est installé pour la semaine. (...)" a précisé Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.

"Nous ne sommes pas contre les importations (...) mais nous voulons, pour le consommateur, que le gouvernement soit cohérent et que les importations soient faites à normes égales, sinon l'agriculture française va disparaître", a déclaré Samuel Vandaele, secrétaire général des JA.

L'huile de palme, symbole de la contestation

Jusqu'à 300.000 tonnes par an d'huile de palme, produit hautement controversé car accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est, doivent en particulier être importées pour alimenter la bioraffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône), qui doit démarrer cet été. Alors que l'agriculture française peut fournir davantage d'huile de tournesol ou de colza, mais plus chère. L'accès à ce site symbolique est bloqué depuis dimanche soir par plusieurs dizaines d'agriculteurs,

"C'est la goutte d'huile de palme qui fait déborder la coupe des problèmes des paysans", résume Pierre Lebaillif, président des JA de Normandie. "Pour l'exploitation qui produit du colza, ça peut être à l'avenir des quantités à produire en moins ou des prix qui baissent." "Biocarburant: on n'a pas investi pour importer", pouvait-on lire sur les pancartes des agriculteurs à Vatry. "N'importons pas l'agriculture que nous ne voulons pas!", est le slogan que les agriculteurs en colère rappellent dans leurs tweets.

Le gouvernement ne "reviendra pas" sur l'accord avec Total

Mais le gouvernement "ne reviendra pas" sur l'autorisation donnée à Total d'importer de l'huile de palme, a déclaré ce lundi le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert sur RTL.

"Le gouvernement ne reviendra pas dessus", a déclaré M. Travert, en précisant qu'il recevrait mardi la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, initiateurs du mouvement lancé contre l'importation de produits agricoles ne respectant pas, selon eux, les normes françaises et européennes, dont de l'huile de palme destinée à être utilisée par Total dans sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône).

Le porte-parole de LREM Gabriel Attal a affirmé de son côté que l'État ne peut pas se dédire de l'accord scellant l'importation d'huile de palme pour La Mède, mais sera "vigilant", notamment sur sa qualité environnementale. Nécessitant jusqu'à 650.000 tonnes de matières premières par an, cette bioraffinerie utilisera aussi d'autres huiles, dont 50.000 tonnes de "colza français", a promis début juin le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Interdire les importations des denrées produite à l'aide de substances phytosanitaires

Le mouvement des agriculteurs est observé avec intérêt par les ONG environnementales, d'ordinaire opposées à la FNSEA dans les dossiers phytosanitaires. Les paysans espèrent aussi le soutien des consommateurs, en dénonçant les effets sur le contenu des assiettes d'accords commerciaux internationaux, comme le CETA signé avec le Canada et l'accord UE-Mercosur en cours de négociation.

Les agriculteurs demandent la réintroduction dans la loi Alimentation, examinée à partir du 26 juin au Sénat, d'un amendement sur l'interdiction d'importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l'Union européenne. Ils souhaitent aussi que le gouvernement renonce à son contingent d'importation d'huile de palme, et réclament un allègement du coût du travail salarié de saisonniers.

Pas de risque de pénurie dans l'immédiat

Une pénurie de carburant n'est toutefois pas à craindre dans l'immédiat, la France comptant au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant. De plus, l'État dispose de stocks stratégiques pour trois mois.

Depuis dimanche soir, les raffineries Total de Feyzin près de Lyon, de Gonfreville-l'Orcher près du Havre et de Grandpuits (Seine-et-Marne) sont bloqués par des agriculteurs comme les dépôts pétroliers du port rhodanien Edouard Herriot, du port du Rhin, ainsi que ceux de Vatry (Marne), de Lespinasse près de Toulouse, Coignières (Yvelines) et de Cournon dans le Puy-de-Dôme. Ils avaient également prévu d'empêcher d'ici lundi matin l'accès aux dépôts de Dunkerque (Nord), Grigny (Essonne), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ainsi qu'à une autre raffinerie Total à Donges (Loire-Atlantique).

P.L avec AFP