Fruit de la fusion entre les familles Chouchan et Roche, le groupe Roche Bobois décore l’intérieur de nos habitations de ces meubles design haut de gamme depuis presque 60 ans. Après avoir changé de cap en 1999 avec l’arrivée de Gilles Bonan en tant que président du directoire et donné un nouveau souffle à ses créations en nommant Nicolas Roche en 2005 comme directeur des collections, l’entreprise familiale est aujourd’hui une référence mondiale. Un statut qui ne l’empêche pas de prendre à l’été 2018 un nouveau tournant dans son histoire en décidant d’entrer en Bourse.


Gilles Bonan et Nicolas Roche nous parlent de ce choix dans Roche Bobois, le financement au service de la croissance.

De l’IPO à l’ICO : L’ETI à l’heure des nouveaux modes de financement

C’est le financement innovant dont on parle aujourd’hui : l’ICO s’écrit comme une nouvelle manière de lever des fonds. Fin 2018, elle a déjà à son actif son chapelet de réussites et de défaites, toutes mémorables bien sûr !

Juste une lettre d’écart et pourtant…

Pour financer sa croissance l’entreprise dispose d’une palette de leviers très large à sa disposition. Dette bancaire, fonds d’investissement ou introduction en bourse permettent d’injecter de l’argent frais dans l’ETI, à condition d’avoir bien structuré sa colonne vertébrale, avant d’aller se présenter à l’extérieur. Au-delà de l’IPO classique, le financement 4.0 s’appelle ICO. Principalement utilisé dans le monde de la tech, l’ICO (initial coin offering) désigne une levée de fonds en cryptomonnaie et s’effectue via l’émission de tokens qui sont des jetons de valeur numérique liés à la blockchain qui peuvent être échangeables sur des plateformes de cryptomonnaie. Mais attention, à une lettre près, la signification change beaucoup. En effet, si une IPO permet aux investisseurs d’acquérir des parts de capital d’une entreprise, une ICO donne droit aux tokens qui, eux, ne représentent pas toujours les parts du capital. « Réservée aux sociétés dont le business est compatible avec la blockchain, l’ICO a parfois permis de lever des millions, mais elle a surtout redonné le pouvoir à l’individu face aux banques » note Stéphanie Latombe, associée chez Mazars en charge des activités capital market. D'après un rapport de l'Autorité des marchés financiers (AMF), en France, 71,7 millions d'euros ont été levés via des ICO durant les trois premiers trimestres de 2018. C'est bien plus qu'en 2017 (16,4 millions d'euros levés pour trois projets) et 2016 (1 million d'euros pour deux projets). A noter également qu'au premier et deuxième trimestres 2018, les ICO ont représenté respectivement 4 et 5% du montant total levé par des entreprises françaises en actions.

Pari gagnant ? Pari risqué.

Avec l’ICO, les entreprises n’ont donc plus à attendre indéfiniment la validation du fonds d’investissement. Les tokens émis via une plateforme permettent au particulier-investisseur de percevoir des dividendes ou de pouvoir utiliser les services de cette société. Par ailleurs, les fonds sont levés sur internet, ainsi chacun peut y participer : « La démarche est assez proche du crowdfunding » note Stéphanie Latombe. « On a au départ une communauté de geeks à qui on propose de partager une bonne idée. Mais cela ne peut fonctionner que sur un projet vraiment innovant avec, un énorme marché potentiel en perspective. » D’où l’importance de la communication car quand l’entreprise fixe une date, l’ICO ouvre et tout le monde peut investir en même temps. Par exemple, iExec, entreprise spécialisée dans le cloud distribué, a levé l’équivalent de 12,5 millions de dollars en moins de trois heures en avril 2017. Ils auraient eu la possibilité d’obtenir 4,5 millions d'euros via un fonds, mais cela leur aurait pris un an.  Au final,  l’intérêt pour l’entreprise de choisir l’ICO est multiple : lever des sommes importantes rapidement, ne pas diluer son capital tout en faisant grimper sa valorisation, observer le retour du marché sur un nouveau service et du même coup gagner ses premiers clients. Stéphanie Latombe, qui accompagne ces opérations d’un genre nouveau, met cependant en garde : « Les bons techniciens ne sont pas forcément de bons gestionnaires. Certaines de ces levées de fonds n’ont mené à rien. Il faut très vite penser à l’après et employer l’argent avec efficience. Le risque c’est parfois que le projet ne voie jamais le jour… »

Par Violaine de Saint Vaulry.